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Vaccin antigrippe: les Français n’ont plus confiance

Posted by cftchus on octobre 26th, 2010

Seulement 40 % de patients à risques sont venus acheter leur vaccin antigrippe © SIPA

Seulement 40 % de patients à risques sont venus acheter leur vaccin antigrippeSeuls 40 % des patients à risques ont acheté leur vaccin antigrippe contre 80 % d’habitude à la même époque. Des réticences dues au fiasco de la vaccination de 2009.

Traumatisés par le fiasco de l’an dernier avec le vaccin anti-H1N1, les Français sont devenus méfiants. Ainsi, dans les pharmacies, le vaccin contre la grippe saisonnière ne fait plus recette, comme nous l’explique Philippe Gaertner, président de la Fédération de syndicats de pharmacie. « D’habitude, à la fin du mois d’octobre, 80 % des populations à risques sont venues en officine acheter leur vaccin antigrippe. Cette année, comme beaucoup de nos pharmaciens s’étonnaient de vendre peu de vaccins, nous avons lancé une enquête sur un échantillon représentatif d’une cinquantaine d’officines. Les résultats sont surprenants : en moyenne, nous avons seulement 40 % de patients à risques qui sont venus acheter leur vaccin, soit moitié moins par rapport à d’habitude. »

« On confond grippe et rhume »

Un phénomène qui inquiète vivement Daniel Floret, président du comité technique des vaccinations et chef du service pédiatrie d’un hôpital lyonnais. « J’ai également tendance à penser qu’il y a une sous-vaccination actuellement. Les gens ont dans l’idée que c’est une maladie bénigne, ils confondent la grippe et le rhume. Or, il apparaît cette année que ce n’est pas une grippe banale : il y a eu des décès à La Réunion, en Australie, et en Nouvelle-Zélande dans les populations à risques. Si, en France, ces populations-là ne vont pas se faire vacciner, les conséquences sanitaires peuvent être graves. » Le professeur Marc Gentilini, spécialiste des maladies infectieuses et ancien président de la Croix-Rouge, est encore plus sévère : « La stratégie de vaccination massive adoptée l’an dernier, sans concertation, a été préjudiciable au concept même de vaccination. Les autorités ont fait croire à tout le monde qu’il y allait y avoir des morts. Les Français ont été trompés, et aujourd’hui, ils disent : “Ça suffit.” La confiance a été perdue. On ne joue pas avec la vaccination ! »

Une confiance perdue

  • Des angoisses que rapportent aussi des pharmaciens, interrogés par France-Soir. Yves Lagnier, dans le Bas-Rhin, évoque « des clients qui pensent qu’il y a des adjuvants dangereux dans le vaccin actuel ». Philippe Gaertner, en Alsace, reçoit, lui, beaucoup de personnes qui pensent être encore protégés s’ils se sont fait vacciner en début d’année contre la grippe H1N1. Une série d’idées fausses (lire ci-dessous).
  • Ce retard dans la vaccination est cependant démenti par le ministère de la Santé, joint lundi par téléphone. « A l’heure actuelle, 1,5 million de personnes sont déjà allées se faire vacciner. A la même période en 2008 elles étaient 1,2 million. Certes, l’an dernier, à la même date, 3 millions de personnes étaient déjà vaccinées mais le contexte n’était absolument pas le même, ce n’est pas comparable. »
  • Le climat de défiance est cependant incontestable, et résulte principalement de la mauvaise gestion sanitaire et politique de la crise H1N1. Or, le vaccin anti-grippe reste pourtant le meilleur moyen de se protéger d’un virus qui ferait chaque année près d’un millier de morts en France. Et grâce à lui, en quarante ans, la mortalité a été divisée par dix.

Le vaccin saisonnier en 6 questions

  1. Dois-je me faire vacciner ?
    Il n’y a pas d’obligation, mais la vaccination est recommandée pour les personnes « à risques » : âgées de plus de 65 ans, patients atteints d’affections de longue durée (diabète, insuffisance respiratoire ou cardiaque), d’asthme, et du VIH, mais aussi professionnels de santé, femmes enceintes… Au total, 12,5 millions de personnes sont concernées par la campagne de vaccination gratuite. « J’encourage toutes les personnes fragiles à se faire vacciner », martèle le Pr Bricaire, chef du service maladies infectieuses à la Pitié-Salpêtrière.
  2. Comment ce vaccin a-t-il été élaboré, et pourquoi contient-il la souche H1N1 ?
    Entre octobre et décembre, les centres collaborateurs de l’OMS « récoltent le maximum de souches dans le monde », explique Vincent Enouf, virologue au Centre national de référence de la grippe. Ils déterminent lesquels seront susceptibles de circuler l’hiver suivant, s’ils mutent ou non. En février, l’OMS établit ses recommandations sur la composition du futur vaccin. « Celles-ci préconisaient d’y inclure, en plus des deux souches les plus courantes, la H1N1 pandémique, car c’était surtout ce virus qui circulait dans l’hémisphère Sud. » Les vaccins de cet automne contiennent donc des formes inactivées de virus, et regroupent trois souches : une souche A (H1N1), une A (H3N2), une B.
  3. Faut-il en avoir peur ?
    Ce vaccin, mouture actualisée des vaccins saisonniers classiques, « n’est pas dangereux dans sa forme actuelle », estime le Pr Gentilini, spécialiste des maladies infectieuses. « Les patients qui ont déjà eu la grippe A (H1N1), même sans le savoir, ou qui ont été vaccinés l’an dernier, ne craignent rien à subir une nouvelle injection », ajoute Vincent Enouf, du CNR. Quand bien même ils seraient encore protégés contre le H1N1 pour quelques mois, ils ne sont pas immunisés contre les autres virus saisonniers. Par ailleurs, l’an dernier, six cas de narcolepsie cataplexie ont été reportés chez des Français vaccinés contre la grippe A. L’Agence européenne du médicament a ouvert une enquête, et remis un premier avis en septembre, et n’établit pas de lien entre le Pandemrix (le vaccin incriminé) et les cas de narcolepsie rapportés.
  4. Contient-il des adjuvants ?
    Ces substances, destinées à booster l’efficacité du vaccin en stimulant le système immunitaire, ont été au coeur de la polémique l’an passé. Sur les 8 vaccins proposés cette année, un seul en contient, le Gripguard, destiné spécifiquement aux personnes âgées. « Cet adjuvant est utilisé depuis des années et employé dans d’autres vaccins sans problème », explique Vincent Enouf. Selon le Pr Bricaire, « une douleur au niveau du point d’injection, et un peu de fièvre, c’est son seul danger ! »
  5. Le virus H1N1 circule-t-il aujourd’hui ?
    Oui, mais sous une forme saisonnière et non plus pandémique. « Actuellement, dans l’hémisphère Sud, deux tiers des malades de la grippe sont touchés par H1N1 et un tiers par les autres souches », selon le ministère de la Santé.
  6. Que risque-t-on sans vaccin ?
    Pour les personnes « non à risques », le risque est… d’attraper la grippe. La mortalité liée à ce virus (entre 1.000 et 4.000 morts par an) reste difficile à évaluer, les décès étant souvent dus aux infections secondaires chez des personnes fragiles. Selon le Pr François Bricaire, « on pourrait simplement voir plus de malades, donc des consultations chargées et, pour certains, des hospitalisations. »

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