Hôpitaux - Les infirmières : “On fonce dans le mur !”
Posted by cftchus on janvier 27th, 2010
Les infirmières dénoncent des conditions de travail dantesques, alors que le manque d’effectifs et de moyens plombe la qualité de leur service.
Le doigt pointé sur le traitement des patients à l’hôpital ne doit pas occulter, en revanche, la difficulté de la tâche des infirmières. Peu payées, souvent en sous-effectif, elles donnent pour la plupart leur maximum, malheureusement insuffisant.
Nathalie Depoire, présidente de la Coordination nationale des infirmiers, dénonce : « Les contraintes difficiles du métier – travail le samedi, le dimanche, la nuit –, on les connaît avant de commencer. Mais les effectifs sont trop serrés : chacun peut être rappelé pour effectuer un remplacement, venir en renfort, les plages de repos sont très limite ! »
Seule pour 21 patients
Aurélie, infirmière en gériatrie dans le Val-d’Oise, en est l’exemple criant. De garde la journée d’hier, elle s’est retrouvée, assistée de seulement deux aides-soignants, chargée de 21 patients.
« On ne peut pas vraiment parler de maltraitance, mais plutôt de négligence. Je suis seule et je dois prendre, pour faire uniquement les soins basiques d’un patient, vingt minutes. Je n’ai absolument pas le temps de travailler le côté relationnel, régler les problèmes. Alors on se tourne vers les médecins, mais eux aussi sont débordés ! »
Aurélie doit alors faire face à l’incompréhension des patients et de leur famille. « Les menaces faites par les proches des patients sont hebdomadaires. » Usée par ces conditions intenables, Aurélie, qui prévoit de passer rapidement dans le privé, avoue « avoir perdu une partie de ses valeurs, alors que l’Assistance publique se gère aujourd’hui comme une entreprise ».
Une usine de production de soins
Mais l’infirmière n’est pas la seule à avoir l’administration dans le viseur. Thierry Amouroux, secrétaire général du Syndicat national des professionnels infirmiers, tire le signal d’alarme : « On entre à l’hôpital pour devenir infirmière, mais on est aujourd’hui des agents techniques spécialisés dans une usine de production de soins. On ne compte que ce qui est chiffrable, alors que les infirmières sont avant tout là pour leurs qualités humaines. »
Les flux tendus à l’extrême et les effectifs réduits au minimum suscitent une double insatisfaction : « L’infirmière a le sentiment de mal faire son boulot, et le patient d’avoir été mal pris en charge. L’épuisement professionnel pousse la majorité des jeunes recrues à partir dans les cinq ans. » Et Thierry Amouroux de voir rouge : «
L’Assistance publique supprime des postes à Paris alors que les besoins sont en augmentation. C’est inadmissible, on fonce dans le mur ! »
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